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Kafe politika: « Enjeux des frontières maritimes »

Kafe politika: « Enjeux des frontières maritimes »16 min read

Kafe politika: « Enjeux des frontières maritimes »

Le rendez-vous mensuel du centre de recherche en politique de Madagascar revient et propose un nouveau thème analysant les enjeux de Madagascar. Pour ce mois d’Avril, les discussions et les débats s’orientent autour des enjeux qui caractérisent la Grande Île et la région de l’Océan Indien,  des enjeux géopolitiques relatifs à la matière qui entoure la Grande Île et qui fait de l’île une île : les intervenants et l’audience se sont questionnés et discutés à propos des enjeux des frontières maritimes de Madagascar.

            Afin d’aborder ce thème, l’Institut d’Etudes Politiques Altitude Group a sollicité l’expertise et les profondes réflexions de personnalités connaissant de près le domaine : Madame Josie Dominique, maître de conférence en science politique et ancienne doyenne de la Faculté DEGSP à l’Université d’Antsiranana ; Monsieur Patrick Rakotondravao, Officier de Marine, IORIS Trainer du Projet CRIMARIO II et MDA Expert à Madagascar ; et le Directeur des Affaires Internationales, Juridiques et Environnementales à l’Agence Portuaire, Maritime et Fluviale (APMF), Monsieur Adonis Tafangy.

Contexte : les volets de réflexion sur les enjeux maritimes

La région de l’Océan Indien revêt d’importants enjeux et volets à analyser. De prime abord, en tant que membre des Nations-Unies, Madagascar se doit de respecter la résolution adoptée par l’assemblée de l’Organisation, c’est-à-dire la Résolution 2832 stipulant que l’océan est une zone de paix. Les enjeux se doivent alors de prendre en compte cette résolution.

            En outre, la région de l’Océan Indien comprend des enjeux énergétiques, de sécurité et des enjeux informationnels étant donné que la région fait l’objet d’importants secteurs ainsi 70% du pétrole mondial transite dans l’Océan Indien.

            En somme, il existe 3 volets de réflexion pour comprendre et assimiler les enjeux des frontières maritimes de Madagascar et de la région de l’Océan Indien. Ces volets ne sont autres que la maitrise des espaces maritimes et notamment des frontières maritimes incluant les Zones Economiques Exclusives, la considération du cadre environnemental dans le domaine maritime et la place de Madagascar par rapport à d’autres Etats étant donné l’importance de la géopolitique.

L’Océan Indien : une zone présentant des risques et des menaces

Monsieur Tafangy précise que près de 90% des échanges dans le monde se font via le transport maritime, de ce fait, un problème au niveau des océans représente un important impact pour l’économie. Parmi les grandes menaces maritimes dans la région de l’ouest de l’Océan Indien se présentent diverses menaces dont le problème de piraterie, Monsieur PR apporte des précisions sur l’impact de problème : près de 18 millions de dollar de déficit selon la Banque Mondiale[1] car la piraterie pose des difficultés au niveau de transport mais aussi au niveau du tourisme. Il s’agit d’un problème majeur même si le nombre d’actes de pirateries n’existe plus en ce moment ainsi un pirate somalien a réessayé d’attaquer des bateaux comoriens mais l’opération n’a pas s’effectuer. D’autres menaces font aussi l’apparition avec l’essor des technologies de l’information et de la communication : au niveau de la cyber-sécurité qui nécessite l’intervention de grandes institutions internationales. Il s’agit d’un enjeu mondial dont la Grande Île se doit de considérer en tant que membre de l’ONU.

            A cela, monsieur Patrick ajoute que la région pourrait être menacée par les terroristes tels qu’Al-Qaïda au Mozambique pouvant détourner les bateaux aux alentours de la Grande Île car celle-ci se trouve à 400 km de ce pays. Madagascar fait aussi face à un grand problème de trafic de drogue qui s’effectue par les voies maritimes : en effet, le pays est devenu un grand consommateur de drogues alors qu’avant, c’était le cas de Maurice et de Seychelles uniquement au niveau de l’Océan Indien.

            La docteure en science politique, elle, axe son intervention par rapport menaces qui pèsent sur la zone. L’immigration illégale constitue une de ces menaces dans le cadre maritime : il n’y a pas ou peu de contrôle or ces immigrés peuvent s’avérer être des porteurs de maladies, ils représentent aussi un risque terroriste par rapport à la propagation de la radicalisation par exemple ; le naufrage du bateau Francia au large de Madagascar est un exemple précis qui démontre ce problème. De plus, les accords de pêche sont peu transparentes voire « opaques » c’est-à-dire que nous ne connaissons pas réellement la nature et ni les composants de ces accords. Les problématiques sont alors posées : quelle est la responsabilité de l’Etat ? Quels sont les acteurs ? Quels sont leurs rôles respectifs ? Comment peuvent-ils coopérer ?

[1] The pirates of Somalia : ending the threat, rebuilding a nation

COI : la Commission de l’Océan Indien à la rescousse

La COI ou la Commission de l’Océan Indien dispose de nombreux projets pour lutter et faire face aux diverses difficultés rencontrées par Madagascar telles la lutte contre la pêche illégale. Monsieur Patrick RAKOTONDRAVAO a parlé d’un projet ou plutôt d’un programme mettant en place une stratégie possédant 5 volets : la coordination des opérations, échange des informations, la lutte contre Les flux financiers illicites de la piraterie, le renforcement des capacités judiciaires des Etats de l’Afrique de l’Est et le soutien des activités de subsistance en Somalie. Concrètement, des activités sont réalisées dans le cadre de ce programme, par exemple, la Commission a harmonisé les procédures judiciaires en mettant en commun les moyens avec la marine nationale, elle a envoyée des bateaux de surveillance et a amélioré les échanges des informations par l’intermédiaire du Center régionale de fusion d’informations maritimes.

La sécurité maritime : toute est une question de volonté politique

La Docteure Dominique Josie a soulevé une question par rapport à l’opérationnalité de la marine nationale de Madagascar vis-à-vis des enjeux de la ZEE et de la sécurité maritime. La réponse à la question n’est pas totale, elle est opérationnelle dans la mesure où les structures existent : la marine nationale dispose d’hommes et de bateaux cependant on peut constater manque flagrant de volonté politique, la mer est un sujet que l’on n’aborde pas souvent parce qu’au sommet, on manque de connaissances sur le sujet or Madagascar est une île, tout un paradoxe. En outre, l’armée présente certaines failles au niveau de sa structure et le budget qui lui est alloué ne lui permet pas forcément d’investir.

            Il est tout de même nécessaire d’apporter des précisions concernant la sécurité maritime : elle ne concerne pas uniquement les questions de criminalité mais comme disait le Directeur des affaires internationales à l’APMF, la sécurité maritime englobe aussi les normes internationales qu’il faut suivre. L’APMF s’assure du respect de ces normes et couvre 117 ports mais cela ne suffit pas d’où les accidents et embarquement clandestin du fait du manque de couverture. La Grande Île ne dispose pas non plus de politique nationale car elle ne se concentre pas sur les questions de transport maritime.

            En somme, pour faire face à cela, il faut des documents clairs qui permettent d’exploiter les moyens et qui définit l’utilisation des budgets. Tout dépend du politique.

Zones maritimes : quels sont les enjeux de l’extension du plateau continental pour le pays ?

Selon Monsieur Tafangy, la Grande Île n’a pas à revendiquer le plateau continental car il le lui revient de droit étant donné qu’il s’agit de l’extension du territoire tel qu’il est prévu par le droit international. Le problème ne se situe pas au niveau de la revendication mais plutôt au niveau des moyens utilisés afin de fixer les limites de ce plateau continental. C’est la convention des Nations Unies sur le droit de la mer qui pose les conditions de cette extension : la Grande Île a déjà déposé sa demande depuis 2011, mais il manque des données scientifiques pour que la Commission des Limites du Plateau Continental au sein des Nations Unies puisse évaluer les limites demandées par Madagascar. Le plateau continental pourrait potentiellement contenir des ressources minérales d’où l’enjeu de le délimiter. Il revient à L’Etat de constituer une équipe de techniciens et d’experts afin de défendre le dossier de Madagascar au niveau des Nations-Unies.

Madagascar et le Japon : une relation durable

Madagascar et le Japon entretiennent des relations depuis 60 années. Les grands évènements qui marquent cette relation sont l’envoi de sous-marin en 1943 pour faire face aux anglais, l’indépendance de Madagascar en 1960… La JICA ou Japan International Cooperation Agency assure aussi la relation entre le pays, il s’agit d’une agence de coopération internationale centrée sur la coopération technique réalisant des dons et des projets cependant, tous les projets de coopération ne passent pas tous par la JICA, il existe des projets assurés par le ministère des affaires étrangères japonais ainsi celui-ci a géré 78000 euros de budget pour construire des écoles, pour l’achat d’équipements médicaux…

            Dernièrement, Madagascar a effectué un accord de pêche avec le Japon mais l’ambassadeur a précisé que cet accord se faisait avec l’association de pêche japonaise et non le gouvernement. Concernant l’élargissement du port de Tamatave, il s’agit d’un projet en collaboration avec le gouvernement japonais qui revêt un caractère important car cette extension représente un potentiel de développement pour Madagascar. Cette extension s’inscrit dans le projet TATOM ou Tana-Toamasina, un projet qui vise à améliorer les liens entre la capitale et la ville portuaire. Ce projet comporte aussi un assainissement de la ville de Tananarive et un aménagement du territoire avec le soutien de l’agence de coopération japonaise.

            La Société japonaise SUMITRAN détient plus de la moitié d’Ambatovy, la société qui exploite le Nickel et le Cobalt : un grand investissement pour cette société est demandé car elle est importante dans la fabrication d’outils. Nonobstant la part importante que possède l’entreprise japonaise, cela ne signifie pas qu’il existe des quotas réservés au Japon.

Frontières : une notion impliquant le conflit ?

Les conflits se produisent au niveau des frontières lorsque la zone n’est pas définie et beaucoup des limites des zones économiques exclusives autour des pays de l’Océan Indien ne sont pas encore fixées. Des mesures sont déjà prises pour éviter les conflits comme dans le cas des contrôles des bateaux de pêche avec des membres de la COI et d’autres agents issus des partenaires de la Commission. L’ancienne doyenne de l’université d’Antsiranana suppose qu’il y a plutôt rivalité au niveau de la gestion de la région de l’Océan Indien pour exploiter les ressources halieutiques: la France est présente par les Territoires d’Outre-Mer, la Chine et l’Inde se rivalisent via l’usage de soft power. Bref, c’est une question de grandes puissances.

Nouvelle route soie : les autres pays réagissent face à la Chine ?

L’intervenante a précisé que s’il fallait avoir une puissance dont il faut avoir peur, ce serait la Russie, en d’autres termes, du groupe Wagner. D’ailleurs, la Russie, contrairement à la Chine qui n’use que du soft power, a le pouvoir d’investir en Afrique. Par conséquent, les autres puissances réagissent plutôt vis-à-vis de la Russie et non pas réellement par rapport à la Chine et sa nouvelle route de la soie.

            Il y a alors une volonté de dominer le monde, comme l’indique Monsieur Tafangy, dans le sens de vouloir s’intégrer dans toutes les affaires mondiales et non pas dans le sens d’asservir le reste du monde. La Chine augmente alors son budget militaire pour faire face aux Etats-Unis restant la première puissance militaire mondiale.

            D’autres politiques sont aussi mises en place pour se rapprocher des pays de la région de l’Océan Indien : à Djibouti, des bases militaires américaines et chinoises sont installées. Le pays en profite pour en tirer parti et pour soutirer des loyers, seul la France ne paie pas de loyers.

Madagascar par rapport à tout cela : où en sommes-nous ? Que faut-il faire ?

En ce moment, l’Ethiopie, un Etat sans littoral ou un pays enclavé, est en train de développer une flotte maritime et possède une flotte et possède une vision bien déterminée par rapport à la politique maritime qu’elle va entreprendre. Madagascar n’en possède pas ainsi il faut que Madagascar dispose d’une vision au niveau de sa politique maritime pour s’imposer par rapport au champ international. Madame Josie propose que Madagascar se mette à l’échelle du monde tout en cherchant un début de réponse dans un processus endogène c’est-à-dire intégrer une politique navale et maritime au niveau régional puis national et enfin mondial, concrètement, il faut intégrer la population locale dans les activités et les projets reliés aux questions de l’Océan.

Perspectives : l’avenir de Madagascar par des questions-réponses

L’auditoire a pu participer au débat et a pu proposer des réflexions et des avis par rapport au sujet qui n’est autre que les enjeux des frontières maritimes à Madagascar. Le développement de la politique de Madagascar ne se repose pas uniquement en se focalisant uniquement sur les questions de politique maritime orientée sur les aspects militaires, il est nécessaire de développer la politique maritime commerciale de la Grande Île.

            Monsieur Tafangy ajoute que la flotte a besoin de se moderniser : des projets sont en développement au niveau du gouvernement mais l’adoption ne se fait pas encore car l’Etat n’en fait pas une priorité. En effet, Madagascar n’est pas assez agressif au niveau de la politique et n’arrive pas à faire face aux autres pays, ce qui fait que les organisations régionaux ne nous aident pas par rapport aux Îles éparses. Madame Josie précise même qu’au niveau international, c’est du donnant-donnant : si nous n’aidons pas, les autres ne nous aideront pas ; c’est de par cet aspect qu’il faut réfléchir et comprendre les raisons pour lesquelles Madagascar n’est pas soutenue. Cependant, dans le but d’avoir cette offensive, il faut posséder des visions, des bases, des aides et des moyens financiers. Par ailleurs, la carte des frontières de Madagascar n’est pas dessinée par le pays, il y a alors un manque de présence.

            En outre, la marine nationale ne peut pas être le seul acteur national qui agit dans le domaine maritime mais est-ce que cela justifie la mise en place de nouvelle structure comme les garde-côtes ? La docteure Dominique rappelle que la structure de la marine nationale est héritée de la colonisation et donc de celle française : il s’agit d’une structure de guerre qui se peut se discuter. Cela n’empêche pas, selon elle, la mise en place de garde-côtes. D’ailleurs, par rapport aux cas de naufrage en Afrique, il faut mettre en place des mécanismes de surveillance, des leçons à prendre et nous citons « un coup de massue » pour prendre en main les choses.  Monsieur Patrick, quant à lui, propose la création d’une centre de fonctionnement de garde-côtes où toutes les entités qui mettent en œuvre l’action de l’Etat en mer peuvent échanger ainsi les garde-côtes serviront de soutien à la marine car après tout, la marine est censé s’occuper de la défense du territoire tandis que les garde-côtes mettent en œuvre l’action de l’Etat en mer. Monsieur Tafangy propose une approche suivant les besoins de la Grande Île : étant donné que les problèmes de l’île sont surtout relatifs à la pêche illégale et au transport maritime, il propose une approche commune entre la marine nationale et les acteurs concernés par ces problèmes car Madagascar n’a pas non plus assez de capital pour investir dans les garde-côtes.

            Enfin, il n’y a pas de coordination au niveau des agents de l’Etat. Néanmoins, il n’y a pas que des mauvaises nouvelles dans la Grande Île, il faut garder espoir et penser aux divers projets qui se préparent : certes, il y a eu des naufrages mais de nombreux ont été aussi évités ; des enquêtes sont en train d’être menées par rapport au naufrage du navire Francia ; l’APMF adopte des mesures afin de réglementer les chantiers navals ainsi que beaucoup d’autres mesures pour assurer la sécurité en mer. En plus, impliquer la population représente une solution viable et se fait par la promotion et la sensibilisation de l’importance de l’océan.

            En somme, en vue de réaliser une sécurité maritime qui se fait de la mer vers la terre, un développement de l’intégration de divers acteurs au niveau des enjeux maritimes et pour que la Grande Île s’impose au niveau international, il faut de la volonté politique et améliorer la culture maritime car après tout, tout est une question de volonté.

DJAOHASY Andy Steven ( L3- IEP)

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